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"Notre tâche (ou bien tout le reste sera pure statistique et affaire d’ordinateur) est de travailler à la différence." Heiner Müller

2015 / 2016

Editorial "Un an plus tard" publié début mai 2016 dans le Journal 72, faisant suite à l’éditorial de juin 2015

Il y a un an d’ici, le 20 avril 2015, nous vous avertissions, presse, spectateurs et professionnels, de la grande difficulté dans laquelle se trouvait le Théâtre Océan Nord(1). Suite à la non indexation courant depuis 2008 de notre subvention et du report, année après année, de la conclusion d’un nouveau contrat-programme(2), nous nous retrouvions, en effet, sans plus aucune marge artistique, dans l’incapacité de produire nos spectacles.
En juin de cette même année, Isabelle Pousseur et quatre artistes en résidence au Théâtre Océan Nord ( Thibaut Wenger, Myriam Saduis, Virginie Strub et Guillemette Laurent) furent reçus par la Ministre de l’Éducation et de la Culture, Joëlle Milquet, à qui ils amenèrent un épais dossier constitué en marge de cette conférence, comprenant plusieurs articles de presse très élogieux, de nombreuses lettres de soutien et une pétition.
Un mois plus tard, en juillet 2015, la Ministre nous fit savoir par téléphone et par courrier qu’elle allait dégager une aide exceptionnelle pour soutenir la création du prochain spectacle d’Isabelle Pousseur et promettait de nous en reparler à la rentrée.
En octobre 2015, forte de cette promesse, Isabelle Pousseur rencontra Thomas Prédour, chef de cabinet adjoint, qui lui demanda d’introduire un dossier avec une note d’intention et un budget, ce qui fut fait dans les jours suivant cette rencontre.
Depuis lors, malgré nos demandes réitérées, nous n’avons aucune nouvelle de cette aide exceptionnelle ; nous ne savons ni quel en sera le montant, ni d’où elle viendra, ni quand elle nous sera allouée.
Nous ne pouvons d’aucune manière engager l’avenir sur base d’une promesse aussi floue et incertaine.
En conséquence de quoi, pour respecter notre cahier des charges, retrouver les moyens nécessaires au financement des projets, en particulier la prochaine création d’Isabelle Pousseur autour de "Coda/Bout du monde" (dernier chapitre du roman de Hubert Selby Jr "Last exit to Brooklyn") et nous engager auprès de nos coproducteurs, nous avons été contraints d’appliquer les mesures détaillées lors de cette conférence de presse et que nous espérions éviter à tout prix : diminuer le nombre de spectacles accueillis par saison et réduire l’équipe permanente d’Océan Nord d’un plein temps et demi, soit l’amputer d’un quart.
La saison 2016-2017 annoncée dans ce journal se réduira donc à quatre accueils, trois de moins qu’en 2014-2015.
Pour ces mêmes raisons, nous ne serons pas à même de reprendre "Les Invisibles", d’après "Le quai de Ouistreham" de Florence Aubenas, mis en scène par Isabelle Pousseur avec Magali Pinglaut et Catherine Mestoussis(3), reprise pourtant attendue et espérée par nos spectateurs.
Cette diminution de nos activités ne nous semble cependant pas viable à long terme(4).
Comme l’expliquait l’éditorial de notre Journal 69, l’équilibre du Théâtre Océan Nord est devenu très précaire et, sans aide supplémentaire, nous devrons vraisemblablement repenser le projet et sacrifier l’une des trois composantes de sa mission : la création propre, l’accueil en résidence de compagnies émergentes, le travail sur le quartier.
Pourtant la singularité et la nécessité du Théâtre Océan Nord reposent sur cette triple mission dont nous avons, patiemment, depuis vingt ans, construit les fondations comme les passerelles permettant de circuler entre elles. Trois missions qui se complètent et se fécondent l’une l’autre pour former aujourd’hui un tissage serré, fruit d’années de travail, de partenariats et d’expériences.
Nous ne pouvons ici que répéter fermement notre volonté qui est aussi celle de tous les artistes et partenaires engagés dans le travail du Théâtre Océan Nord : sauver ce projet, le maintenir en vie à tout prix, dans sa totalité et sa singularité.
Il y a vingt ans, en mai 1996, nous entrions pour la première fois dans cet ancien garage de la rue Vandeweyer avec nos outils, un désir immense et le courage sans faille de ceux qui souhaitaient nous aider à faire de cet espace en friche une “fabrique de théâtre”.
Puisse cet anniversaire ne pas coïncider avec l’appauvrissement ou la disparition du projet complet du Théâtre Océan Nord.

Isabelle Pousseur et Michel Boermans

PS : Nous apprenons au moment de me re sous presse la démission de la Ministre Joëlle Milquet. Nous espérons avoir rapidement l’opportunité de rencontrer la Ministre Alda Greoli pour discuter avec elle des suites de ce dossier.

(1) Editorial du Journal 69 du Théâtre Océan Nord, mars 2015 et conférence de presse du 20 avril 2015.
(2) Le dernier contrat-programme du Théâtre Océan Nord portait sur l’année 2010. Nous entamons donc notre sixième année sans contrat-programme.
(3) Meilleures comédiennes aux Prix de la Critique 2014.
(4) Il pourrait sembler paradoxal qu’au moment où la Ministre de la Culture incite à “Remettre l’artiste au centre” et cherche à favoriser les mutualisations, le Théâtre Océan Nord se voie obligé de réduire le nombre de ses artistes en résidence, diminuant de ce fait concrètement les possibilités d’accueil de la jeune création en FWB.
La mutualisation des coûts de la structure au bénéfice des projets accueillis et leur gestion par le Théâtre Océan Nord, à l’œuvre depuis vingt ans dans le projet tel qu’il fut pensé et mis en œuvre, pourrait effectivement disparaître au moment même ou ce modèle « mutualiste » est mis en avant par la Ministre comme un élément essentiel de sa politique future. L’augmentation des moyens du Théâtre Océan Nord demandée depuis 2008 n’est pas destinée à accroître le volume des projets accueillis ou produits. Elle devrait simplement servir à maintenir le modèle peu à peu dégagé et qui a fait ses preuves année après année. Soit sur un contrat-programme 3 créations et des reprises de créations d’Isabelle Pousseur, une vingtaine d’accueils et des reprises d’accueils, une centaine de mois d’ateliers destinés aux non-professionnels comme aux professionnels, un outil de travail occupé en permanence par des équipes en création. Le fonctionnement actuel de la structure avait trouvé ainsi son équilibre. La non-indexation des 8 dernières années a mis ce modèle à mal.


Extrait de la conférence de presse du 20 avril 2015


Editorial publié au mois de juin 2015

A l’heure où nous rédigeons cet éditorial, nous n’avons pas encore reçu de nouvelles quant à notre contrat-programme (l’outil juridique qui nous lie à notre pouvoir subsidiant : la Fédération Wallonie Bruxelles).

Ce dernier porte sur une durée de cinq ans. Cette durée permet aux opérateurs de développer leur projet et leur gestion dans le temps indispensable pour construire une programmation, nouer les accords avec les compagnies et celles et ceux qui participeront aux projets, d’attendre les réponses données aux projets soumis aux coproducteurs pressentis, aux instances d’avis,…

Notre dernier contrat-programme s’est terminé voici bientôt 5 ans, en décembre 2010.
Depuis, il est prorogé d’avenant annuel en avenant annuel…
De rendez-vous en rendez-vous, de promesse en promesse, le temps a passé, les circonstances ont évolué, les marges disponibles aussi.
 Difficile et épuisant de naviguer ainsi à vue, dans un brouillard institutionnel permanent.

Aujourd’hui, il ne nous paraît plus possible de continuer ainsi. 
La non-indexation récurrente des subventions, les inconnues sur les missions à remplir, les incertitudes sur le montant et le contenu du prochain contrat-programme nous amènent à prendre une décision conservatoire difficile mais nécessaire : réduire, de façon drastique mais dans le respect de nos engagements vis à vis des pouvoirs subventionnant, le contenu public de la saison prochaine. 
Et, conséquence immédiate, à diminuer les coûts fixes, notamment en diminuant l’équipe permanente.

Le Théâtre Océan Nord s’est fondé comme une compagnie et a été subventionné comme telle : il s’agissait de créer la structure de production de la pratique artistique d’Isabelle Pousseur. A la fin des années nonante, nous avons éprouvé le besoin de poser nos valises et d’insérer notre travail dans un contexte social particulier qui pourrait le nourrir et nous rappeler chaque jour dans quel monde nous vivions et développions notre démarche artistique.

C’est la raison de notre choix : Schaerbeek, dans une zone réputée « difficile ». 
Très vite, face à la demande exponentielle d’autres artistes en quête de lieux où répéter et présenter leur travail, le projet artistique et institutionnel a changé de nature. Il a reposé sur trois piliers essentiels : une mutualisation du lieu et des moyens (humains et matériels) avec des compagnies émergentes, le travail artistique d’Isabelle Pousseur, un double travail d’ateliers (avec des professionnels et des non-professionnels). 
La traduction de ce projet s’est avérée passionnante mais complexe. De compagnie nous sommes devenus « institution ».
Il a fallu plusieurs années pour arriver à trouver l’équilibre du projet, qui optimise les moyens disponibles et permette aux compagnies comme à Isabelle Pousseur de créer dans un environnement propice. 
Il nous faut constater que cet équilibre n’est plus. 
La diminution des moyens disponibles entraînée mécaniquement par la non-indexation depuis quatre ans a mangé les marges disponibles pour le projet artistique. Elle pèse particulièrement sur nous puisque le lieu est loué et que le loyer comme l’ensemble des coûts d’entretien sont assurés par la subvention ordinaire. L’augmentation des moyens nécessaires au maintien de ce modèle, de promesse en report, n’a pas (encore ?) été concrétisée.

Il nous faut donc envisager le projet dans les limites de ce que sont aujourd’hui nos ressources. Repenser son équilibre. Attendre les décisions annoncées. 


2015/2016 ne s’ouvrira que sur deux accueils :

En ouverture de saison, du 8 au 19 septembre AMOR MUNDI d’après Hannah Arendt dans une mise en scène de Myriam Saduis.

La reprise d’HOMME SANS BUT de Arne Lygre, un spectacle du collectif Mariedl mis en scène par Coline Struyf sera proposé au public du 23 février au 5 mars 2016, à la place de TAKING CARE OF BABY de Dennis Kelly, création de la Compagnie « Entre Chiens et Loups » mis en scène par Jasmina Douieb, précédemment programmé, mais reporté à la saison prochaine pour des raisons personnelles.

Les présentations de l’atelier pour jeunes amateurs mené par Guillemette Laurent et Catherine Salée s’inséreront du 22 au 25 octobre au sein de notre programmation.

Le reste du temps, les salles se rempliront d’un travail intense mais qui restera dans « l’ombre » : préparation de nos créations futures, résidences, locations assureront la continuité de son usage dans le respect de nos missions et de notre cahier des charges.

Nous restons intimement convaincus de la nécessité du projet et de la pertinence du modèle qui le traduit. Paradoxalement, il répond et met en œuvre depuis des années la plupart des priorités récemment exprimées par la Ministre. Les artistes et leurs projets sont depuis sa création au cœur de l’activité - c’est pour eux que le modèle a été pensé et mis en œuvre, sa gestion respecte les diverses obligations sociales et est transparente, il est relié à l’école, assure une formation continue, participe dans la mesure de ses moyens à des réseaux divers, fut l’un des premiers à développer des ateliers de quartiers et à assurer leur visibilité au travers de Rencontres…
Pourrons-nous continuer à développer ce projet ? L’institution continuera - t’elle d’être au service des nombreux artistes qui souhaitent y travailler, parce qu’ils y trouvent « la fabrique de théâtre* » qu’ils recherchent ?

Isabelle Pousseur, metteure en scène, fondatrice du Théâtre Océan Nord
et Michel Boermans, scénographe, co-fondateur du Théâtre Océan Nord.

*« Une fabrique de théâtre » titre de l’éditorial du premier numéro du journal du Théâtre Océan Nord

Nouvelles

Depuis le mois de mai dernier, le Théâtre Océan Nord est partenaire du label United Stages, une initiative de plusieurs acteurs du monde culturel belge (francophone et néerlandophone) qui s’engagent à mener des actions de solidarité au profit des demandeurs d’asile, des réfugiés et des sans-papiers. Par des récoltes de fonds, des opérations de sensibilisation de nos publics et des initiatives citoyennes, nous souhaitons utiliser toutes les forces vives des arts vivants pour porter un changement positif. C’est dans ce cadre que nous organisons, à l’occasion des représentations du spectacle Nos gestes quotidiens ne sont que déclarations d’amour enflamées, une RECOLTE DE FONDS au profit de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. Nous proposons donc à nos spectateurs qui le souhaitent de payer leur entrée au spectacle à concurrence de 5, 10 ou 15 euros. Une urne à la billetterie vous permettra de déposer votre don. Merci pour votre générosité envers les plus démunis.

Les habitants du quartier se mobilisent pour notre théâtre !! Ils ont lancé une PÉTITION adressée au cabinet de la ministre Alda Greoli pour l’inviter à soutenir notre institution et ainsi préserver son rôle de cohésion sociale dans le quartier ! Vous voulez, vous aussi, signer cette pétition, cliquez-ici !.

Bravo à tous les gagnats des PRIX DE LA CRITIQUE 2017 et en particulier à Jasmina Douieb qui a remporté le prix de Meilleure mise en scène avec Taking Care of Baby.

Isabelle Pousseur était, cet été, l’invitée de David Courier sur BX1 dans son émission COURRIER RECOMMANDE. Découvrez la vidéo ici.

MAGIC KIDS était de retour cet été du 10 au 14 juillet avec un stage de théâtre et vidéo pour les enfants de 6 à 13 ans. Cliquez-ici pour découvrir la vidéo réalisée avec et par les enfants durant cette semaine de stage.

  • Théâtre Océan Nord
  • Rue Vandeweyer 63
  • Schaerbeek
  • Bruxelles, 1030
  • Reservation: 02/2167555
  • Administration: 02/2429689
  • Tarif plein: 12 euros
  • Tarif réduit (chômeur, sénior): 7,5
  • Tarif hyper réduit : 5 euros
  • Participation à Article 27 et Arscène 50
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Le Théâtre Océan Nord est subventionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles- Service du Théâtre. Il reçoit en outre l’aide de la COCOF - Service de la Culture

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